Ce phénomène de prénoms uniques en leur genre est propre à la communauté afro-américaine aux Etats-Unis. Il répond  à un désir pour elle de se singulariser dans une société américaine aux influences culturelles diverses. « Jusqu’aux années 1960, rien, dans l’ensemble, ne distinguait les prénoms afro-américains de ceux des Blancs […] Avec le mouvement pour les droits civiques et ses déclinaisons identitaires, les Noirs américains ont inventé des prénoms distinctifs » nous apprend Pap Ndiaye, directeur du département d’histoire à Sciences Po et spécialiste de l’histoire sociale des États-Unis.

En effet,  les années 1960 ont été des plus marquantes pour la communauté noire aux Etats-Unis. La marche sur Washington avec le discours de Martin Luther King (1963), les émeutes noires des banlieues américaines (1964-1967) ou la création du mouvement révolutionnaire Black Panther Party (1966) sont autant d’événements qui ont marqué l’avancée des droits civiques et fait naître chez les Noirs le désir de « s’auto-créer comme unique et irremplaçable », comme nous l’explique Martin Breteau maître de conférence en civilisation américaine à l’université de Lille.

«Beaucoup de prénoms afro-américains ont reflété la foi dans une libération fondée sur une interprétation politique de la Bible (Moses, comme sauveur du peuple opprimé). D’autres tentent de donner fierté aux enfants en leur montrant qu’ils ne sont pas inférieurs aux Blancs (Precious, Prince, Venus, Augustus, Ulysses, Athena). D’autres encore, surtout après le Black Power, privilégient les racines africaines ou l’origine arabe», c’est là l’analyse de Martin Breteau.

Quoiqu’il en soit, le moins que l’on puisse dire c’est que ce phénomène fait des émules. La nouvelle génération est de plus en plus attirée par ces prénoms hors du communs mais cette fois ci pour des raisons purement esthétiques….