Récompensé du Prix du Jury ce samedi dernier au Festival de Cannes 2019, le film tourné dans la cité des Bosquets à Montfermeil est un « cri d’alarme », censé interpeller sur les violences policières en banlieue.

De « l’ombre » à la lumière

Presque inconnu du grand public avant le début du Festival, le réalisateur de 38 ans entre désormais dans la cour des grands. « Les Misérables« , récompensé du prix du jury ex-aequo avec « Bacurau » des brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, a été une des premières bonnes surprises de cette 72ème édition.

Toutefois, Ladj Ly n’est pas un « newcomer » dans le métier, le réalisateur travaille dans le cinéma depuis une quinzaine d’années. En 1995, il monte le collectif « Kourtrajmé » (« court-métrage » en verlan) avec Romain Gavras, fils de Costa, Kim Chapiron et Toumani Sangaré. Des années plus tard, il empoigne l’une de ses premières caméras pour ne plus jamais la lâcher et se met à filmer avec passion son quartier, puis les tournages de ses amis qui réalisent des courts-métrages. Il se spécialise dans le documentaire immersif (« 365 jours à Clichy-Montfermeil« ) et n’a qu’à descendre de chez lui pour filmer les émeutes qui ont secoué les banlieues françaises en 2005.

Adapté d’un court-métrage éponyme et nommé aux Césars l’année précédente, Ladj Ly dépeint avec réalisme et authenticité une bavure policière en banlieue, celle de Montfermeil en Seine-Saint-Denis, où il est né et réside depuis toujours. Alors qu’un jeune garçon est interpellé pour avoir volé un lionceau aux « gitans » du cirque voisin à la cité, il se retrouve victime d’un tir de flashball par un membre de la Brigade anti-criminalité (BAC). La scène, filmée par hasard par le drône d’un jeune de la cité, va avoir des conséquences désastreuses pour tous ses habitants.

Les policiers, des « Misérables » comme les autres

Loin d’être un film « anti-flics », « Les Misérables » parvient à déclencher chez le spectateur de l’empathie pour ces trois policiers sous pression, complètement dépassés par les événements. Ladj Ly, qui vit toujours en banlieue parisienne, décrit avec amertume le comportement de certains d’entre eux, tout en restant à la fois mesuré et réaliste dans ses propos. « Nous, on veut des policiers compétents et formés, pas des gens qui sortent d’une école de province et qu’on jette dans nos banlieues. Quand le mec est dépassé, qu’il travaille avec la peur au ventre, ça ne peut que partir en vrille. Les flics aussi, ce sont les Misérables. »

Le « mépris total » des hautes-sphères pour la banlieue

Mais plutôt que de rendre les policiers responsables, Ladj Ly pointe du doigt le rôle des politiques. « C’est à eux qu’on jette la pierre. Et c’est à eux de trouver des solutions ». Et pour Ladj Ly, le temps presse. « Ça fait 20 ans qu’on veut que les choses bougent. La révolution viendra de la banlieue, j’en suis convaincu. 2005 c’était juste un petit aperçu. Ce film est un vrai cri d’alarme. »

En salle depuis le 15 mai, découvrez ci-dessous la bande annonce officielle du film :