Le khanga, ou kanga, est un tissu dont on remonte les origines en Inde. Pourtant, il est devenu un symbole à part entière de l’Afrique de l’Est, et notamment en Tanzanie, à Madagascar, aux Comores, ou au Kenya… Retour sur ce tissu emblématique.

Les caractéristiques du Khanga

Le khanga est une pièce rectangulaire de coton, d’une dimension d’environ 1,5m de long et 1 m de large. Ses motifs sont directement imprimés ou peints sur le tissu.

Il a une composition bien particulière : il est formé d’une partie centrale, mji en swahili, et d’une bordurepindo, qui s’étend sur  chacun des 4 côtés. Chacune arbore des motifs très colorés différents. Enfin, on peut également y lire une inscription en swahili, anglais, comorien, arabe ou français, jina.

Il est porté à toutes les sauces : à la manière d’un pagne, en porte-bébé, en bandeau, en voile, … et à toutes occasions !  De telle sorte qu’il est entré dans le langage courant : le verbe kukhanga, tiré du khanga, signifie « envelopper », « recouvrir ».

Le Khanga, un tissu exotique

Khanga signifie en swahili « caille ». Quand ce nouveau tissu arrive donc en Afrique de l’Est depuis l’Inde et l’Europe, c’est aux motifs et couleurs de l’oiseau que l’on associe ce nouveau vêtement, qui finit donc par porter le même nom que lui. Il se caractérise alors par de nombreuses touches de noir, qui rappellent le pelage de l’animal. Depuis, les motifs se sont cependant complexifiés et les couleurs diversifiées, mêlant motifs africains et orientaux.

De nos jours, la production se divise en plusieurs provenances : quelques khangas sont toujours exportés d’Inde, qui les fabrique très légers. On en trouve aussi d’Oman ; ceux-là sont plus longs et épais. Mais depuis la moitié du 20ème siècle, ils sont également produits en Tanzanie par le groupe MeTL Group Textile Corporation, ou encore au Kenya par Rivatex ou Thika Cloth Mills Ltd.

Le Khanga comme arme politique

Il est difficile de savoir précisément l’histoire du khanga. Plusieurs théories se distinguent néanmoins. L’une d’elle : des esclaves se seraient approprié le tissu, dans lequel elles étaient « emballées » lors du voyage, et l’aurait décoré et agrémenté de symboles et inscriptions comme unique possibilité de s’exprimer dans ce nouveau monde d’interdiction. Avec cette théorie, le khanga revêt donc dès ses premières heures en Afrique un sens politique fort.

L’usage du tissu est également hautement politisé dans les années 1950 et 1960, avec le combat pour l’indépendance de la Tanzanie, alors appelée Tanganyika. Julius Nyerere, leader de la rébellion, et 1er président de la République Unie de Tanzanie à venir, commande aux Indiens un nombre important de khangas. Ces derniers, messagers silencieux, arborent fièrement des messages en faveur de l’indépendance du pays, relate les problèmes rencontrés par les habitants, ou dénonce les injustices commises par les Anglais colonisateurs.

Un tissu plein de « sens »

Aujourd’hui, le ton politique, voire propagandiste, du Khanga n’est plus tant à l’ordre du jour. Il a en effet été la plupart du temps remplacé par des inscriptions de l’ordre moral, religieux, proverbial ou philosophique.

Ainsi, on peut montrer sa philosophie de vie ou son état d’esprit : il peut arriver de rencontrer deux amies portant le même Khanga avec un message louant l’amitié, ou une femme qui a beaucoup souffert portant un message de paix ou d’espoir, etc.

Plus que simplement à travers son inscription, le khanga a également une valeur particulière pour les sociétés d’Afrique de l’Est. Des belles pièces de Khanga sont par exemple données en cadeau à l’occasion d’anniversaires, de mariages, ou même de deuils.

Les Kishutu sont une version spéciale du Khanga : donné aux jeunes filles lors de leur passage à l’âge adulte, aux jeunes mariées pour leur apporter fertilité ou aux individus soupçonnés d’être habités par des forces maléfiques.

La texture du Khanga peut, lui aussi, avoir son importance. Le tissu s’épaissit au fur et à mesure des étapes de vie franchies par la femme qui le porte. Le texture la plus anoblissante est obtenue lorsqu’une jeune fille a atteint puberté, maternité et mariage de sa fille aînée.

Le khanga, lui aussi, en dit donc long sur la femme qui le porte ! Voici une vidéo sous-titrée en français qui leur laisse d’ailleurs la parole sur le khanga :