Lion d’Or à la Biennale de Venise en 2015, grande rétrospective au MoMA de New York, tapisseries de capsules exposées au château de Chaumont sur Loire en France : la renommée de l’artiste ghanéen El Anatsui ne cesse de franchir les frontières. Connu dans le monde entier pour ses sculptures en bois et ses assemblages complexes de matériaux recyclés, le plasticien ghanéen El Anatsui expose actuellement à la « Haus der Kunst » de Munich jusqu’au 28 juillet 2019.

Prophète en son pays et ambassadeur d’un continent

Au Nigéria, El Anatsui s’exprime en oracle et fait aujourd’hui figure d’artiste africain le plus côté du continent. On le révère d’ailleurs tel un vieux sage, mieux comme une fierté nationale. A l’instar de beaucoup de ses confrères, il a acquis une notoriété internationale sans avoir été contraint de quitter le continent.

Né au Ghana en 1944, l’artiste travaille et réside depuis près de 40 ans à Nsukka, au Nigeria. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent au Ghana, le futur sculpteur décide d’étudier l’art sans avoir d’idées précises sur la question. A 18 ans, il maîtrise déjà un bon nombre de techniques, ce qui lui permet de concentrer son entière attention sur la sculpture.

Une fois diplômé du Collège d’Art de l’Université des Sciences et Technologies de Kumasi au Ghana, El Anatsui perfectionne sa formation classique par l’apprentissage des techniques anciennes de la culture « ashanti » dans les domaines de la gravure, de la céramique, ou encore de la poterie.

L’importance de la matière

El Anatsui puise son inspiration dans les traditions africaines de recyclage et de détournement d’objets manufacturés usagés. Ses œuvres interrogent les échanges mondiaux du commerce, la destruction, la transformation des matériaux, symboles des événements traversés par le continent africain.

C’est à partir de la fin des années 1970 qu’il privilégie l’utilisation des tessons de verre et des débris de céramiques à la base de ses œuvres. Deux décennies plus tard, il réalise ses premières pièces de « tissus » à partir de matériaux « pauvres ». Il se met d’abord à travailler à partir de pots en argile fissurés, ce qui suscitera son intérêt pour les objets « disqualifiés », en apparence inutiles auxquels il donne un second souffle.

Les créations qui ont assis sa notoriété sont reconnaissables entre mille. Draperies, tissus, tapisseries, tentures, tels sont les mots qui pourraient convenir pour décrire ces assemblages aux reflets changeants, mais l’artiste préfère lui les qualifier de « sculptures ». Si son travail a beaucoup évolué au cours des années et des différentes résidences d’artiste, un point commun réunit les matériaux qu’il a utilisés successivement et parfois simultanément.

Ainsi a-t-il redonné vie à des pots brisés, à des râpes à manioc rouillées, à des plateaux de bois, chargés de tout un quotidien africain. Les parties métalliques des diverses bouteilles bues au Nigeria ont assuré sa gloire, après qu’il fut tombé par hasard sur un sac rempli de capsules au bord d’une route. Anatsui défend un art connecté au monde, à des thèmes qui parlent à tous comme la question de l’environnement ou celle des migrations. Artiste et africain plutôt qu’artiste africain, la natif d’adoption de Nsukka raccommode inlassablement un monde dont les coutures ont tendance à craquer.

El Anatsui : Triumphant Scale (« Graduation Triomphante »)

Ainsi se nomme la dernière exposition en date de l’artiste. Elle a lieu actuellement à la « Haus der Kunst » de Munich du 8 mars au 28 juillet 2019. Plus d’informations à découvrir via ce film rétrospectif de l’exposition (vidéo en anglais)